« Heureux les artisans de paix ». Un appel jésuite à la paix

23 avril 2026 — La lettre suivante, intitulée « Heureux les artisans de paix : un appel des jésuites à la paix », a été publiée aujourd’hui par la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis et est signée par les six supérieurs majeurs de la Conférence.

Chers amis,

Nous vous écrivons, car l’escalade de la violence dans le monde nous inquiète. Malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025, la guerre à Gaza se poursuit, flanquée d’une grave crise humanitaire. Les tensions impliquant Israël, l’Iran et les États-Unis ont déstabilisé une région déjà fragile. La Russie et l’Ukraine restent enlisées dans un conflit prolongé, qui a fait de nombreuses victimes de part et d’autre. La guerre civile au Soudan entre dans sa quatrième année, elle a déplacé plus de 12 millions de personnes. Sans oublier les troubles qui agitent des pays comme Haïti, le Mexique, la République démocratique du Congo, la région du Sahel et le Myanmar.

La Compagnie de Jésus connaît de près les atrocités provoquées par plusieurs de ces conflits. En juin 2022, deux jésuites mexicains, le père Javier Campos Morales, SJ, et le père Joaquín César Mora Salazar, SJ, ont été victimes de la violence des narcotrafiquants à Cerocahui, dans l’État de Chihuahua. En février de cette année, un nouvel ordonné, le père Han Zaw Shing, SJ, a été grièvement blessé lorsque sa moto a heurté une mine au Myanmar. Les travailleurs du Service jésuite des réfugiés s’intègrent aux camps et aux communautés de réfugiés et viennent en aide à plus d’un million de personnes déplacées par les persécutions et les guerres dans 58 pays. Des jésuites prennent des risques pour servir les personnes déplacées au Moyen-Orient, notamment six compagnons des provinces de la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis.

Aujourd’hui plus que jamais, les chrétiens doivent prêter attention aux paroles de leur Sauveur : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9). Le Christ nous appelle à être des artisans de paix. Les chrétiens rejettent la logique terrestre du pouvoir afin de suivre leur Seigneur crucifié, le Prince de la Paix, qui règne sur un royaume où les épées deviennent des socs de charrue (Isaïe 2,4).

Nous savons que la paix ne s’acquiert pas facilement. Les solutions pacifiques ne sont pas toujours évidentes ; leur efficacité demande du temps. Et ce ne sont pas toutes les personnes impliquées dans ces conflits qui sont animées de bonnes intentions. Mais les chrétiens que nous sommes savent bien qu’un projet n’est pas mauvais parce qu’il est semé de difficultés. Nous ne sommes pas appelés à choisir la facilité, mais à entrer par la porte étroite (Matthieu 7, 13-14).

Cet appel s’adresse à tous, et pas seulement aux dirigeants politiques. Comme le disait récemment Mgr James Massa, président du Comité pour la doctrine de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, « l’Église a toujours enseigné que les personnes de bonne volonté doivent prier et œuvrer pour une paix durable, tout en évitant les maux et les injustices qui accompagnent toutes les guerres » (Déclaration du 15 avril 2026).

Encouragés par le Saint-Père et par les évêques de nos deux pays, nous demandons à tous les membres de notre réseau — jésuites et laïcs — de s’engager activement pour la paix. Toutes et tous, nous pouvons et nous devons être des artisans de paix !

Et d’abord, œuvrons pour la paix dans nos communautés. Il est facile de dénoncer un conflit qui éclate à l’autre bout du monde, mais nous arrive-t-il de nous demander comment nous contribuons aux conflits et aux divisions chez nous ? Dans la mesure où nous cédons à une polarisation pernicieuse et à un sectarisme exacerbé, nous abîmons nos relations et nous entravons l’essor de la paix. Quelles que soient nos positions politiques, nous devons apprendre à aimer notre prochain, même s’il est d’un avis différent, et à nous écouter les uns les autres.

Deuxièmement, nous pouvons exhorter nos dirigeants à s’opposer à toute escalade des conflits impliquant nos pays et à réorienter les dépenses militaires vers la prévention non violente des conflits, la diplomatie et la consolidation de la paix. Fidèles aux paroles du Saint Paul VI, « si tu veux la paix, travaille pour la justice », nous pouvons exiger que tout règlement de conflit respecte les principes fondamentaux de la justice afin d’ouvrir la voie à une paix durable.

Troisièmement, nous pouvons prier. Comme l’a écrit le Conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques du Canada, « en unissant nos voix dans la prière, nous croyons que Dieu peut transformer les cœurs et ouvrir des chemins là où tout semble fermé » (Déclaration du 5 mars 2026).

Face à tant de violence et de cynisme, il est facile de céder au découragement, voire au désespoir. Mais il faut rejeter ces attitudes pour ce qu’elles sont : des tentations qui nous empêchent de porter du fruit dans le monde. Saint Paul nous dit : « ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage » (Galates 6,9).

Alors, allons de l’avant et agissons. Œuvrons pour la paix dans nos communautés en tendant la main à ceux avec qui nous sommes en désaccord. Appelons nos dirigeants à mettre fin à toutes les guerres. Et prions avec ferveur pour le don de la paix, cette paix « désarmée et désarmante » que le pape Léon appelle de ses vœux et qui ne peut que transformer le monde.

Dans le Seigneur ressuscité,

R.P. Jeffrey Burwell, SJ, Provincial du CAN

R.P. Sean Carroll, SJ, Provincial de l’UWE

R.P. Thomas P. Greene, SJ, Provincial de l’UCS

R.P. Karl J. Kiser, SJ, Provincial de l’UMI

R.P. Joseph M. O’Keefe, SJ, Provincial de l’UEA

R.P. Brian Paulson, SJ, Président de la JCCU

Contact presse :

Mike Jordan Laskey
Directeur de la communication
Conférence jésuite du Canada et des États-Unis
jccucommunciations@jeusits.org
202.629.5933

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