Histoires

Le fait d’être confiné à la maison pourrait nous mettre sur la voie de la sainteté.

par Mike Jordan Laskey

20 mai 2020 – Dernièrement, notre fille de quatre ans lisait Audacious Ignatius, délicieux livre pour enfants, tout en rimes, sur saint Ignace de Loyola.

Elle en vint à l’épisode où le soldat très mondain et pas encore converti est confiné au lit après avoir été blessé à la jambe par un boulet de canon, à la bataille de Pampelune. S’ensuivit une conversation avec sa mère:

« Pour toi, Ignace, il était content ou il était triste de devoir rester au lit? demanda la petite.

— Triste, probablement. Il ne pouvait aller nulle part. »

St. Ignatius in bed

Mais notre fille avait remarqué l’illustration : Ignace, plongé dans les vies de saints, sourit. Elle examina le livre un moment.

« Je pense qu’il était content », conclut-elle.

Je me demande si notre fille ne s’est pas reconnue dans ces pages. Comme plusieurs d’entre nous, et comme Ignace blessé, elle ne va nulle part : pas d’école, pas de cours de danse, par de bibliothèque, pas de terrain de jeu. Comme ce qu’elle préfère plus que tout, ce sont les excursions, la quarantaine pour elle est une source importante d’ennui et de déception.

St. Ignatius hit by a cannonball

Mais une joie réelle se mêle aussi à la frustration : elle peut passer plus de temps avec sa mère et avec moi, qui sommes encore ses plus grands amis. Sa petite sœur grandit et apprend à jouer avec elle. Comme dans l’expérience d’Ignace, il y a du bon à découvrir ici. Cette brève interaction m’a amené à me demander ce que nous pouvons retirer de sagesse de cette rencontre fatidique entre Ignace et le boulet de canon, survenue voici 499 ans, le 20 mai 1521. (Les jésuites du monde entier ne manqueront pas, l’an prochain, de célébrer en grand le cinq centième anniversaire de cet événement.) Trois idées me sont venues.

  1. Ignatius in battleIgnace laisse errer son imagination. 

Pendant sa convalescence, Ignace laisse vagabonder son imagination. Il se voit reprendre une existence de chevalier sans peur et sans reproche. Il s’imagine aussi sur les traces des saints. Or le premier rêve le laisse maussade et insatisfait; le second lui apporte la paix. Il fait confiance : Dieu lui parle à travers cette expérience; et cette conviction lui fait emprunter une voie nouvelle. J’aime bien cette partie de l’histoire. Elle me rappelle de porter attention à ce que je pense et à ce que je ressens au milieu de cette pandémie et d’y voir des lieux importants où découvrir Dieu à l’œuvre dans ma vie. Et elle m’assure que le temps passé à arpenter le voisinage, en oubliant le travail et la vie de famille pour laisser divaguer mon imagination, est un temps précieux!

  1. La conversion d’Ignace n’est pas l’affaire d’un instant.

La conversion d’Ignace ne répond pas à un claquement de doigts divins. Ce n’est pas comme si, au moment où le boulet l’atteint sur le champ de bataille, il se disait : « bon, et bien dans ce cas, je vais fonder un ordre religieux! » Rien de foudroyant comme sur « le chemin de Damas ». La conversion d’Ignace demandera beaucoup de temps et de discernement. (La convalescence ne fut que le début de cette démarche, qui prit des années et le conduisit dans plusieurs pays.) Quand je me sens frustré ou épuisé par la vie à notre époque, je peux me rappeler que la croissance spirituelle peut être lente et tortueuse. Ce qui importe, c’est de continuer d’avancer, de cultiver une attitude d’ouverture aux mouvements de l’Esprit dans ma vie.

La « quarantaine » d’Ignace a déclenché un mouvement toujours bien vivant.

« La créativité du chrétien doit s’exprimer en ouvrant de nouveaux horizons et de nouvelles fenêtres, en débloquant la transcendance vers Dieu et vers les personnes, et en créant de nouvelles façons d’être à la maison. Il n’est pas facile d’être confiné à domicile, confie le pape François au journaliste Austen Ivereigh dans une interview sur la pandémie. Prenez soin de vous pour l’avenir qui vient. En vous rappelant que dans l’avenir, ce qui est arrivé vous fera du bien. »

Peut-être le Saint-Père pensait-il à l’histoire d’Ignace et de son boulet quand il a formulé cette réflexion. Le temps qu’Ignace a passé dans le silence, la prière, la réflexion et l’imagination a donné naissance à l’une des plus grandes forces dans l’histoire de l’Église catholique. Quand les choses sont sens dessus dessous et que nos habitudes sont fondamentalement altérées, la créativité a peut-être d’autant plus de chances d’éclore. (En tout cas, c’est ce que semble penser le pape François : le mot « créativité » revient neuf fois, sous une forme ou l’autre, dans l’interview qu’il a donnée à Ivereigh.) Qu’est-ce que l’Esprit pourrait susciter de neuf dans votre vie, ces jours-ci? Qu’est-ce que Dieu pourrait contribuer à faire émerger de la souffrance que vous affrontez actuellement?

Ignace de Loyola, patron officieux de ceux et celles qui sont confinés à domicile et qui se démènent pour retourner dans le monde, priez pour nous.

MMikeike Jordan Laskey est directeur principal des communications pour la Conférence jésuite à Washington (DC). Il est l’auteur de The Ministry of Peace and Justice (Liturgical Press) et vit avec sa famille dans le Maryland. Vous pouvez le suivre sur Twitter à l’adresse @mikelaskey.

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